
«Le jour où Franklin mangea le soleil, personne ne s'aperçut de rien. De toutes façons, personne ne s'aperçoit jamais de rien. Personne, c'est les grands, les tout raides, les adultes, les gendarmes et même les voleurs, tous ceux qui travaillent et même ceux qui ne travaillent pas, ça fait du monde, personne, ça fait beaucoup de gens, personne. Donc personne ne s'aperçut de rien, à part les enfants. Franklin était un enfant. Les enfants sont des gens qui ne ressemblent à personne.
On les met dans les écoles pour qu'ils deviennent comme tout le monde. L'école est une boîte qui ressemble à une maison. On trempe l'enfant dans la boîte, on le laisse mijoter quatorze ou quinze ans dans la boîte, on le ressort, il a les yeux écarquillés d'être resté si longtemps dans le noir, on lui dit : bravo mon grand, te voilà comme tout le monde. Ce n'est pas drôle d'être comme tout le monde. Personne n'aime ça. Heureusement ça ne marche pas...»