
«Clémence Grenouille vivait tranquille au bois ravi. Le bois ravi était un bois rempli de petites Clémences, toutes plus jolies les unes que les autres...
Le soleil, très tôt le matin, traversait lentement le bois ravi, une canne de feu à la main, et chacun de ses regards éclairait chacune de ses Clémences, sans en oublier aucune, pas même Clémence Fourmi, la plus timide, toujours cachée dessous une pierre. Le jour passait ainsi : les Clémences riaient et jouaient, veillées par le bon gros soleil.
Et le soir, dans le ciel bleu profond, dans le ciel comme une nappe avec les miettes des étoiles renversées dessus, la lune apparaissait, ronde, souriante, avec des lèvres d'or. Elle prononçait toujours la même phrase. Sa voix était douce, d'une douceur incroyable : Clémence chérie, au lit...
La vie aurait pu durer ainsi, longtemps. La vie aurait pu durer toute la vie. Mais voilà : un jour il n'y eut plus que le jour, et encore le soleil, et toujours le soleil. Plus de voix douce, plus de lèvres d'or, plus d'appel : Clémence chérie, au lit.
Plus de lune, plus d'étoiles, plus de nuit. Donc plus de sommeil : comment voulez-vous dormir, si plus personne ne vient vous dire, d'une voix tellement douce : Clémence chérie, au lit ?»