Le «mur»
« Le mur de la honte sépare toujours Nicosie en deux. Mais, est-ce le soleil et la chaleur de juin ? Ou une certaine détente ? Ou le flux des touristes la honte considérée comme une curiosité qui se visite (le Vel'd'Hiv', heureusement démoli, devenu Monument Historique avec cafétéria, cartes postales, Tee-shirts décorés d'étoiles jaunes, etc.) ? Ou, serait-ce, je n'ose écrire l'habitude le mur me paraît moins violemment absurde qu'il y a quatre ans. Pourtant, par la meurtrière creusée dans le béton en plein travers de la rue piétonne qui traverse Nicosie d'ouest en est, le tableau est bien celui de toutes les guerres, fenêtres crevées, barbelés, murs semés d'éclats. Dans ce vide rouillé, trois jeunes chats se lèchent, seule trace de vie de ce no man's land minéral où rien ne bouge, n'a bougé, depuis vingt ans que la ville a été déchirée : une zone paralysée par la guerre, figée, immobilisée ; un Pompéi recouvert par la lave de la guerre froide, avec un Vésuve voisin, toujours prêt à entrer en éruption.»