Carnets des Iles :
Poèmes et notes de voyage. 136 + 8 p. 13 /19.
1995. ISBN 2.86853.225.X 14,00 Euros

Dans la continuité de son premier Carnet grec, Baptiste-Marrey nous invite au voyage mais aussi à la méditation.
C'est un guide souvent impertinent, mais aussi ému, qui nous «ramène» en Grèce, puis nous fait découvrir Chypre — l'île marquée tour à tour par les Grecs, les Francs, les Vénitiens, les Ottomans, l'île qui donne à lire tout le passé de l'Europe.
Et c'est un poète délaissant volontiers le burlesque pour le pathétique qui nous conduit à Nicosie, la ville oubliée, la dernière capitale coupée en deux par un «mur» qui témoigne de la lutte multiséculaire entre Islam et Orthodoxie.
Ces pages sont sous-tendues par l'interrogation qui traverse toute l'oeuvre de Baptiste-Marrey : comment représenter le monde ? La réponse (mais en est-ce bien une ?) est que «la Grèce est toujours un modèle».



Le «mur»

«
Le mur de la honte sépare toujours Nicosie en deux. Mais, est-ce le soleil et la chaleur de juin ? Ou une certaine détente ? Ou le flux des touristes — la honte considérée comme une curiosité qui se visite (le Vel'd'Hiv', heureusement démoli, devenu Monument Historique avec cafétéria, cartes postales, Tee-shirts décorés d'étoiles jaunes, etc.) ? Ou, serait-ce, je n'ose écrire l'habitude — le mur me paraît moins violemment absurde qu'il y a quatre ans. Pourtant, par la meurtrière creusée dans le béton en plein travers de la rue piétonne qui traverse Nicosie d'ouest en est, le tableau est bien celui de toutes les guerres, fenêtres crevées, barbelés, murs semés d'éclats. Dans ce vide rouillé, trois jeunes chats se lèchent, seule trace de vie de ce no man's land minéral où rien ne bouge, n'a bougé, depuis vingt ans que la ville a été déchirée : une zone paralysée par la guerre, figée, immobilisée ; un Pompéi recouvert par la lave de la guerre froide, avec un Vésuve voisin, toujours prêt à entrer en éruption.»