CERISE *
Vieille femme drapée
de noir / paysanne noueuse
par la douleur le visage creusé
tu vas errante
derrière tes mêches grises
de village en village
sur les routes de pluie détrempée
pauvresse dédaignée de tous
à la recherche de la fille bien-aimée
qui eut tes pouvoirs de vie /
aujourd'hui enlevée par la mort
Tes jambes longues tes seins ronds
l'olive pure de ton visage
ne sont plus que souvenirs pour
ceux que la joie de ton corps jadis éblouit
Tu pleures et tu cries
les misères de l'arrachement
ESPÈRE / pourpre violette
Un temps ta fille reviendra à tes côtés
Les crocus fleuriront à nouveau
comme le blé et l'orge blond
germeront et la sève vineuse
montera dans le cep
Loin des pentes encore neigeuses
les cerisiers porteront
leurs fleurs légères puis les drupes
qui barbouillent de sang violine
les joues des enfants
choiront à leur tour avec un bruit mou
sur l'herbe drue et pourriront
en couronne purpurine aux pieds
de l'Arbre de vie et de savoir
Soufflera le vent d'automne
s'envoleront les feuilles
tapis en décomposition
grouillant de vers et d'insectes
Reviendra le temps amer
de la séparation et de la solitude
Toi l'éternelle / Percefeuille ta fille
t'aura en cette saison quittée
Croûte sombre abandonnée
couverte de neiges durcies en glaces
balayées par l'autan
terre nourricière et créatrice
qui reprend avec toi le long
cheminement austère et noir
routes en lacets nuits constellées
quand le rude Janvier de tous ignoré
recèle déjà la promesse de Mai
Mythes éternels des fleurs des femmes
et des fruits cycle immuable des retours
du clair et de l'obscur du jour et de la nuit
Espoirs / rêve et folie / d'une résurrection
qui ne soit pas simple survie
du grain et de l'espèce Cerise Cerise
nous aussi humains vivons au rythme
qui commande le mystère fleuri de la vie et de la mort
* Ce poème fait référence au mythe de Demeter, porté au théâtre par Eschyle